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 Bureau de Lucia & Quigg | Première approche |

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MessageSujet: Bureau de Lucia & Quigg | Première approche |   Dim 7 Fév - 15:59

Première approche
Lucia & Quigg
C'est une grave erreur que d'échafauder une théorie avant d'avoir rassemblé tous les matériaux nécessaires cela ne peut que fausser le jugement.


Voilà plus de trois ans que j'avais été libérée de sa prison avec mon fils Kylian. Au début, même si on m'avait forcé à devenir agent, on ne m'avait pas attribué de partenaire fixe. Il semblait que maintenant que ma bonne foi était prouvée (je n'avais plus agressé personne depuis David, et ça remontait forcément à avant mon arrestation), j'allais entrer dans le circuit des agents réguliers. Il me fallait donc un coéquipier. Et oui. Un, pas une. J'avais bien entendu protesté : avec mes antécédents, on me mettait avec un homme ? En plus, je venais du Pays de l'été ! Rien ne me forçait à avoir de la considération pour le genre masculin !!!

Si vous vous demandez comment j'ai pu avoir Kylian avec ce genre de pensée, ce n'était pas compliqué : la magie des Feux de Beltane avait tout arrangé, et surtout la perspective des avantages et de la liberté prochaine que cela conduirait avait facilement consenti ce petit sacrifice. Parfois, je remerciais intérieurement mes parents d'être des démons pure souche. On ne m'aurait jamais proposé un tel arrangement si mes pouvoirs n'étaient pas si précieux. Bien sûr, des démons il y en avait d'autres, y compris chez les femmes, mais si ces dames étaient révérées au Pays de l'été, on tenait quand même la maternité en haute estime. Une bonne démone devait avoir des enfants pour perpétuer les lignées de pouvoir. Et avoir un enfant ne me dérangeait pas, j'en voulais déjà un avant l'histoire avec David. Sauf qu'à l'époque, je pensais à quelque chose de plus humain… Finalement, rien ne valait les traditions de chez soi. Le père de Kylian ne s'était jamais manifesté depuis la naissance de mon petit garçon, peut-être justement parce que c'était un garçon. Il ne deviendrait jamais membre du temple principal malgré sa généalogie parfaite. Tant pis et presque tant mieux. Non seulement je n'avais aucune envie de m'encombrer du père, et ça dès le départ, mais en plus je n'éprouvais aucun désir que mes enfants (en l’occurrence le seul que j'ai pour le moment) ne fassent une grande carrière. Kylian commençait d'ailleurs à parler de devenir agent passé son quinzième anniversaire. Je ne vois pas ça d'un très bon œil… Mais j'aviserai quand le problème se poserait concrètement.

Car pour le moment, je devais m'occuper en premier lieu de celui qui se posait aujourd'hui. On m'avait attribué un nouveau bureau que je partagerai avec mon coéquipier, un certain Quigg Certi. Je savais déjà qu'il s'agissait d'un vampire et qu'il tenait une boite, ou un bar, je ne me souvenais plus et ça m'importait assez peu si on était franc. J'avais lu son dossier avec attention, cherchant pourquoi on me l'avait mis dans les pattes (ou l'inverse?). Je n'arrivais pas à y voir de raison particulière, si ce n'était qu'il était un homme et qu'il n'avait pas encore de partenaire.

J'avais installé tout mon petit bazar sur le bureau qui longeait le mur de droite, comme ça, je voyais les gens entrer dans le bureau, mais eux ne me voyaient pas tout de suite. C'était d'ailleurs ce qui se produisit quand mon nouveau coéquipier (que je reconnus facilement suite au dossier) fit son entrée. Nous étions le soir, en plein hiver, car il semblait que ce vampire ne supportait pas bien le soleil, même avec les médaillons fournis par la Tour. Enfin… tant que j'étais rentrée pour le dîner, ça irait.

« Monsieur Certi ? Bonjour, je suis votre nouvelle coéquipière, Lucia Elisha Greatstone. » J'ignorais s'il avait fait son travail préparatoire et lu mon dossier en amont de cette rencontre. Aimable mais froide, je lui tendis la main en vraie professionnelle. Hors de question de me faire encore plus mal voir que ça ne l'était déjà, mais on ne me demandait pas d'être amie avec ce type… juste de le faire rentrer vivant (et réciproquement) des missions conjointes.

Comme je m'étais levée, on apercevait clairement mes diverses armes sur moi. Au sein de la Tour, je ne prenais pas la peine de les cacher. Mon premier revolver était coincé sous mon épaule par mon holster le plus confortable, mes poignards étaient attachés à mes avant-bras, et moins visibles, j'en avais aussi un dans ma botte droite. Le second revolver ne se voyait pas tout de suite non plus parce qu'il était rangé dans mon dos, plus précisément au niveau du creux de mes reins. Je n'avais pas pris la peine de le ranger sérieusement… de toute manière, il n'était pas chargé celui-ci, mais j'avais tout ce qu'il fallait si nécessaire dans les pochettes de ma ceinture. Mes cheveux blonds étaient rassemblés en queue de cheval, et même si je n'étais pas très féminine niveau vestimentaire, je savais qu'on voyait d'abord en moi la femme. Je n'y pouvais rien, même avec l'expression la plus dure de mon panel, je restais en apparence une frêle blondinette. Bon, le côté des cheveux, j'aurais simplement pu arrêter de me les teindre, mais j'y aurais vu un aveu d'échec.

Laissant de côté mes interrogations sur la première impression que je venais de faire, j'ajoutais une simple précision : « Je me suis permise de m'installer ici. Cela vous dérange-t-il ? » Et dans un premier temps, ça suffirait.


Cœur de Pierre?
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MessageSujet: Re: Bureau de Lucia & Quigg | Première approche |   Jeu 11 Fév - 19:33

Première approche
Lucia & Quigg
La clef de toutes les sciences est sans contredit le point d'interrogation, nous devons la plupart des grandes découvertes au : Comment ? et la sagesse dans la vie consiste peut-être à se demander à tout propos : Pourquoi ? (Honoré de Balzac)


C'est la mort dans l'âme – jeu de mot délibérément involontaire – que je passe le portail de détection magique de la Tour Bleue. Du coin de l'œil,  je vois clignoter sur l'écran d'ordinateur du vigile le mot « vampire », comme s'il fallait absolument me rappeler à chaque instant mon inéluctable condition de mort vivant. Ce n'est pourtant pas ce qui me préoccupe actuellement puisque c'est plutôt l'anxieuse anticipation de ce qui va se passer dans quelques minutes qui me fatigue d'avance : la présentation de ma nouvelle partenaire de mission, Lucia Elisha Greatstone. C'est bien ma veine que Cyrus, mon coéquipier précédent, a passé l'âge du service et a pris une semi-retraite pour mieux poursuivre à plein temps ses recherches en astronomie. Sincèrement, je n'ai jamais eu la moindre inquiétude pour aller à la rencontre d'aucun de mes coéquipiers de l'Agence. Au contraire ! j'aime les nouvelles têtes, les nouvelles personnalités, les nouvelles énergies, les nouveaux dynamismes... Plus il y a de diversité, mieux je me porte. Mais là, c'est tout de même légèrement différent.

J'ai eu connaissance du dossier de la femme en question il y a quelques jours. Tout semblait aller bien au début – une jeune mère célibataire combative élevant seule son unique enfant, ce qui semblait d'emblée un profil méritoire, et je me disais qu'après avoir eu en binôme un vieux bonhomme humain, un peu de fraîcheur printanière ne serait pas de refus –, et puis j'ai lu les quelques lignes succinctes de sa biographie. Déjà, si biographie il y a, c'est qu'il y a anguille sous roche : cela sous-entend qu'il y a des détails dans la vie de l'agent que son coéquipier ferait mieux de connaître au cas où – et les « au cas où » sont, par définition, un tantinet alarmant.

Et puis quelle biographie ! Pourquoi est-ce que l'on m'a mis dans les pattes une folle furieuse qui est allée pétrifier, et par extension mutiler, le bras de son mari ?! Son mari, bon sang ! Pas n'importe quel type qui l'aurait agressée dans la rue, pas un ennemi en pleine bataille, son mari ! Et on veut me faire croire qu'elle aurait des scrupules à faire la même chose à son collègue pour un oui ou pour un non si elle ne s'est pas gênée pour le faire à l'homme qu'elle a épousé ? qu'elle était censée aimer ? D'accord, il y a une histoire d'infidélités multiples derrière, je comprends parfaitement le sentiment de trahison, mais allons donc. Si on commence à tirer comme des lapins les coupables d'adultères, fichtre, ce serait un cas sans précédent de dépopulation de la planète. Heureusement qu'ici on n'a pas la peine de mort pour ça ! Le divorce, c'est très bien aussi.

Je ne sais pas si le fait qu'elle est allée en prison pour cette agression est une bonne ou une mauvaise nouvelle pour moi. Me voilà avec une ex-taularde. Il y en a que ça réforme, et il y en a que ça rend pires. Compte tenu qu'elle vient en plus du Pays de l'Été, que cette contrée est organisée selon un modèle politique matriarcal – et je sais bien pour avoir eu une courte liaison avec une démone autochtone il y a longtemps combien dans leur mentalité les individus de sexe masculin ne sont pas comptés comme des éléments terriblement essentiels pour l'Univers –, j'imagine sans peine le peu d'estime qu'elle doit avoir des mâles. Pourquoi fallait-il que ça tombe sur moi ? Enfin, avoir été enceinte d'un garçon et l'élever tous les jours lui montre peut-être peu à peu que tout ça n'a rien à voir avec notre ADN, ni nos hormones. Espérons juste qu'elle n'en conclut pas que son fils n'est que l'exception qui confirme la règle.

Évidemment, quand je lui ai passé un coup de fil pour lui en parler, Pemphero s'est payé ma tête. Il n'a rien pris au sérieux. Il a cru que ça me rassurerait de me dire qu'à son sens le plus grand risque que je courrais face à ma coéquipière à la Tour serait d'en tomber raide amoureux et que là je pourrais commencer à me faire du mouron – ce qui n'était ni drôle ni réconfortant et je lui ai dit d'aller se faire voir – et j'ai raccroché.

Puis, hier soir, je me suis quand même permis de débouler dans le bureau de Quartz pour qu'il me fournisse quelques explications. Je lui ai demandé s'il n'était pas une question de sécurité basique d'associer cette démone avec une femme, pas un homme – ou en tout cas pas moi, bon sang. Je lui ai demandé ce qui lui avait pris et ce que j'avais bien pu faire de mal pour qu'il me mette sur le dos une maudite psychopathe qui risquait, au moindre faux pas de ma part, de changer en pierre une partie intime de mon anatomie à laquelle je suis – littéralement – très attaché. Forcément, lui aussi s'est payé ma tête. Il m'a dit que ça faisait quelques jours qu'il attendait de pied ferme son cher hibou mouillé pour avoir cette discussion. Lui, évidemment, je ne pouvais guère lui dire d'aller se faire voir, pas plus que mes subalternes ne se le permettent envers moi dans mes établissements – hiérarchie oblige. En prenant une grande inspiration pour parler le plus calmement possible, je lui ai dit que j'avais bien fini par comprendre pourquoi il m'avait couplé avec Cyrus la fois d'avant – car l'Inya prend un malin plaisir à former des binômes de façon à ce qu'ils s'apportent mutuellement exactement ce dont ils ne veulent pas. Cyrus, en plus d'être un grand manipulateur de temps, était un passionné de physique, de mathématique et d'astronomie ; il maniait dans son esprit les grandes distances et les grandes durées comme je manie mes instruments de musique ; il était fasciné par les notions d'infini et d'immuabilité ; tandis que par principe, surtout depuis le décès d'Eigyr, je vis dans le hic et nunc, l'ici et maintenant, et je ne déteste rien de plus que l'on me donne une approximation de l'éternité qu'il me reste à vivre, comme un grand tonneau percé qu'il s'agit de remplir sans cesse avec de nouvelles choses, encore et encore, alors que les personnes que j'aime flétrissent à vue d'œil et s'évaporent à jamais...

Mais là, mais là ! ça me dépasse. Quelle interaction chimique anormale a pu se produire dans sa caboche démoniaque sur-cuite pour me faire un coup pareil ? « Pour le deviner, tu n'as qu'à apprendre à la connaître » a suggéré Quartz, qui avait l'air de sacrément s'amuser, le gredin. Il sait très bien que de me présenter ça comme un défi est la meilleure façon de me faire réfléchir, et de le relever. De toute façon, ce n'est pas comme si j'avais vraiment le choix. Avant que je parte, l'Inya a tenté de me rasséréner en me soulignant que cette Lucia Greatstone suivait une thérapie, que tout était sous contrôle. Je lui ai rétorqué que c'est bien parce qu'il lui fallait une thérapie que ça m'inquiétait, et j'ai claqué la porte derrière moi, ce qui n'est pas dans mes habitudes.

Voici que je passe dans un des longs couloirs qui mènent à la série des bureaux des agents d'Ethereal au bout duquel se trouve le mien – enfin, le nôtre. La moitié supérieure est couverte de miroirs et j'en profite pour vérifier si je n'ai pas d'épi dans les cheveux ou mon col de travers. Non, tout est pour le mieux. Mon manteau sous le bras – quand je suis bien repu de sang frais, j'en viens jusqu'à sentir le froid de l'hiver –, je suis en costume afin d'assurer ma nouvelle partenaire que j'ai l'intention d'établir une relation purement professionnelle et sérieuse. Il est tout de même de couleurs claires, car c'est plus doux pour les yeux et ça rajeunit, et je le porte en association avec une cravate à larges rayures – et chaussettes assorties –, pour donner au tout un peu de peps et ne pas avoir l'air d'un vieux rogaton ennuyeux qu'elle devrait se traîner comme un boulet.

Allez, je fais quelques pas encore et me voici devant le bureau. Pas d'angoisse. Pas d'angoisse. Détends-toi. Rappelle-toi bien, Quigg : tu es quelqu'un de sympathique, brillant, charismatique, qui irradie la confiance en soi, et ton sourire vampirique est tel qu'on se l'arracherait pour faire des pubs de dentifrice. Souffle un coup et vas-y. À la une, à la deux, à la trois !...

J'ouvre la porte, mais ne la vois pas tout de suite. J'entends une chaise racler : la voilà. Je me dirige vers la frêle femme blonde en uniforme qui vient juste de se lever de derrière son bureau, s'adresse à moi par mon nom et se présente, la main tendue. Ce n'est pas possible. Elle a l'air d'un arsenal sur pattes. Un revolver, deux poignards – et ça, ce n'est que ce que je vois d'un premier coup d'œil rapide.

« Enchanté de faire votre connaissance ! » lui dis-je toutefois en lui serrant chaleureusement la main sans l'ombre d'une hésitation et avec un beau sourire. Je ne l'ai pas appelée par un quelconque titre : est-ce que « Madame » lui rappellerait trop son mariage catastrophique ? et « Mademoiselle » lui semblerait-il trop condescendant et infantilisant ? Dans le doute, je vais faire en sorte d'éviter d'avoir à utiliser l'un ou l'autre, et je lui demanderai ce qu'elle préfère quand je ne pourrai plus l'éviter. Je rebondis : « Je vous prie de m'excuser, je crois que j'ai... » Je tire un peu la manche de ma veste pour regarder ma montre. « ...six minutes de retard. J'espère que vous ne vous êtes pas ennuyée ! »

Mais c'est elle qui me fait alors des politesses en me demandant si cela ne me dérange pas qu'elle se soit déjà installée, et de cette façon. Je m'empresse de lui répondre le plus civilement possible : « Bien sûr que non ! Je vous en prie, installez-vous comme bon vous semble, faites comme chez vous, mettez-vous à l'aise. Ne vous inquiétez donc pas pour moi, je dispose chez moi de tout l'espace nécessaire pour mes armes et pour mon travail. Je n'utilise donc ce bureau que de manière minimaliste et n'y garde que le strict nécessaire pour les missions de routine. » J'ai fait quelques pas en arrière et je pose sans trop y penser mon manteau sur mon propre bureau, comme pour illustrer de quoi je parle, et j'enchaîne sans m'arrêter : « D'ailleurs, j'ai cru comprendre à la lecture de votre dossier que vous aviez un jeune enfant, alors ce sont des choses qu'il vaut mieux garder au bureau et ne pas ramener à la maison, c'est plus prudent ! Laissez donc tout ce que vous avez besoin de laisser ici, vous aurez l'esprit plus tranquille au sujet de son bien être et de sa sécurité. »

« Enfant », oui, j'ai bien fait de bien dire « enfant », et surtout pas « fils ». Soyons vagues, et imprécis ; comme ça, elle ne préjugera pas que je donne à cet enfant de l'importance seulement parce qu'il est de sexe masculin, alors que je voudrais être tout simplement linguistiquement spécifique. Mais après tout, qu'a-t-on besoin de mentionner le sexe des uns et des autres à tout bout de champ, franchement ? C'est un peu intrusif et ridicule, comme habitude.

« J'espère que vous vous sentirez bien ici », continué-je sans pause, « et que le climat de Savoir vous est agréable. Mais aussi que notre collaboration sera fructueuse et que nous prendrons plaisir à travailler ensemble. » J'essaie de lui faire le sourire le plus engageant dont je dispose dans mon répertoire pour lui faire sentir que cela vient droit du cœur. Puis je lui fais une mine contrite pour assurer poliment la transition de la suite : « Par contre, je préfère vous prévenir que je ne vais pas pouvoir rester très longtemps ce soir, car j'ai reçu un message urgent de mon équipe qui m'a prévenu d'un problème sur les dispositifs audiovisuels d'une de mes discothèques – il faut que je règle ça de façon urgente. Mais j'imagine que vous ne m'en voudrez pas, car vous n'allez sans doute pas rester ici toute la nuit et vous voudrez certainement retourner au plus vite chez vous afin de retrouver votre enfant, pour dîner, par exemple. »

Tout à coup, deux longues secondes de silence. Je me rends soudain compte que dans mon effort pour me donner une image de décontraction, d'amabilité et d'ouverture, je ne lui ai pas laissé en placer une. Je ne peux retenir une grimace gênée tandis que je bats d'ores et déjà ma coulpe : « Veuillez m'excuser, je suis un peu bavard, à mes heures. J'espère que cela ne vous indispose pas ? »

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C'est la fête !
Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire. G. Apollinaire
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MessageSujet: Re: Bureau de Lucia & Quigg | Première approche |   Lun 22 Fév - 11:14

Je sentais la nervosité de l'homme en face de moi. Ce n'était pas dû à un quelconque pouvoir, c'était seulement qu'il parlait trop pour être vraiment à son aise. Je n'aimais pas beaucoup les bavards, mais peu importait au fond, on ne me demandait pas de l'apprécier, seulement de travailler avec lui. Il avait mis en lumière son retard, point sur lequel je n'avais pas d'avis particulier. Comme je m'étais installée dans notre nouveau bureau, je n'avais pas vraiment eu le temps de m'impatienter. J'aurais bien voulu le lui expliquer, mais comme je venais de le dire, il parlait trop. Alors il ne me laissait pas le temps d'en placer une pour l'excuser, il fallait croire qu'il s'était auto-excusé malgré la formulation qu'il avait utilisé (il m'avait « prié de » mais semblait se moquer de la réponse). Lorsqu'il me laissa enfin la parole, je ne sus d'abord pas par quel bout prendre la conversation. Je penchais légèrement la tête sur le côté en me rasseyant dans mon fauteuil de bureau, cherchant à le jauger. Puis, finalement, je me redressais.

« Non. Je ne sais juste pas par quoi commencer. » Je croisais les mains devant moi, me laissant une ou deux secondes de réflexion. Je n'aimais pas parler sans réfléchir. En fait, je ne faisais jamais rien sans l'avoir réfléchi. Cela avait été aussi valable pour le bras de mon cher et tendre ex-époux. Je m'étais vengée en toute conscience. On ne trompe pas un démon. En fait, on ne trompe pas tout court, si on compte le faire, on ne jure pas fidélité.

« Je vivais déjà à Savoir avant mon enfermement, le climat me convient très bien, je vous en remercie. Quant à Kylian, mon fils, il va avoir 15 ans et comme tout enfant du Pays de l'été, il est rompu dans le maniement des armes. Toutefois j'aime séparer le domaine du travail et celui du privé, la plupart de mes armes resteront donc ici quand je n'y serais pas. Si un jour vous en avez besoin pour un mission en solitaire, vous pouvez vous servir, j'ai des armes de rechange. » Je désignais d'un geste vague de la main l'armoire dans laquelle nous étions sensés rangés nos armes, ce que j'avais fait avant son arrivée – sauf celles que je portais sur moi évidemment -. Me levant de nouveau je contournais le bureau et ouvris le dossier de mon partenaire. « Vous vous transformez en hibou, c'est ça ? Vous devez bien vous entendre avec Athéna, l'avez-vous déjà rencontré ? » Je faisais mine de faire la conversation d'un ton léger pour en venir au sujet plus délicat.

De ma voix la plus douce, je prononçais les paroles suivantes. « Vous aussi vous avez eu un dossier. Ce que j'ai fait à mon ex-mari vous rend-t-il nerveux monsieur Certi ? » Je me fendis d'un sourire qui se voulait à peu près avenant. Je ne savais pas encore si j'allais aussi m'expliquer ou pas. Tout dépendrait de sa réponse. Pour être sincère, je trouvais un peu injuste qu'on me juge violente alors que je ne l'avais été qu'une fois. Certes, il y avait perdu son bras, mais à moi il m'avait brisé le coeur, il m'avait trahi, utilisé pour son propre intérêt, et au dernier moment, quand je lui avais laissé une chance, il m'avait encore une fois menti. Un bras, sur Emeraudia, ça se remplace. Mais un coeur… Le mien ne s'en était jamais remis. Kylian avait redonné un peu de couleur à ma vie, mais je ne serai plus jamais aussi naïve. Il m'avait volé quelque chose de bien plus précieux qu'un bras : il m'avait pris ma foi. Pas celle dans la Déesse, celle que j'avais dans l'autre. Je m'étais engagée pour protéger et servir. Pour rendre le monde meilleur. Mais on ne pouvait pas sauver des gens comme David. Ils ne font pas le mal dans le sens où ils ne sont effectivement pas violents, toutefois, ils ont tous les autres vices. Ce n'était même pas qu'il ne m'aimait plus et qu'il avait rencontré quelqu'un d'autre, c'était prémédité ! Il avait refusé sciemment de se marier au Pays de l'été, car il aurait été condamné à mort pour m'avoir trompé, au mieux il aurait été exilé sur Terre – où en bon Emeraudien humain, il n'aurait pas survécu longtemps -. Il m'avait toujours menti. Depuis le début. J'avais payé ma dette à la société pour lui avoir fait mal, il m'avait payé la sienne. En dépit de cet épisode tragique de mon existence, je n'avais jamais blessé personne d'autres, sauf en mission mais à l'époque j'étais dans l'armée, nous nous battions moins que les agents. Le fait était quand même que je n'avais pas de problème avec la violence, j'avais un problème avec la trahison… mais mon nouveau partenaire n'allait pas me trahir, n'est-ce pas ?


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MessageSujet: Re: Bureau de Lucia & Quigg | Première approche |   Lun 22 Fév - 18:22

Longues, longues sont les secondes après que ma nouvelle coéquipière m'a dit qu'elle ne savait pas par où commencer pour me répondre ! J'ai rarement vécu des secondes aussi longues, à part quand Cyrus utilisait son pouvoir sur le temps pour le ralentir et attraper au vol un projectile ou retenir le coup d'un ennemi. Pour garder une forme de contenance à travers une quelconque activité plutôt que de rester coincé dans un immobilisme gênant, je passe d'un mouvement que je veux nonchalant derrière mon propre bureau, attrape les quelques stylos et critériums laissés à l'abandon sur le plan de travail et les range un à un dans le pot à crayons. Remettre mon environnement en ordre m'a toujours aidé à garder les idées claires.

Quand Lucia Greatstone reprend la parole, j'opine du menton pour lui signifier que je l'écoute bien et que j'acquiesce à tout ce qu'elle dit. Je souris poliment pour ce qui a trait au climat mais, sans rien laisser transparaître, je ne peux m'empêcher d'être déçu quand elle parle de Kylian, son fils. Après tout, sa date de naissance était dans le dossier de sa mère, j'aurais dû faire le calcul au lieu de me figurer ce que j'avais envie d'imaginer : un poupon de huit ans, les joues rondes et roses et les prunelles brillantes, un vrai petit ange sorti d'une toile de Botticelli et pure incarnation de la douceur et d'un amour filial indéfectible, qui prouverait par sa simple existence rayonnante que les mâles d'aucune espèce ne sont naturellement voués au calcul froid, à la méchanceté et à la traîtrise. Mais non, à quinze ans, ce Kylian n'est déjà plus un enfant. C'est un adolescent bien avancé, à l'aube de devenir un homme ; et l'aura martiale que sa mère lui donne en l'espace d'une seule phrase fait s'envoler en un claquement de doigts mes fantaisies précédentes. J'ai une soudaine vision de lui, à peine plus petit et tout aussi sec et fluet que sa mère, avec le même visage pointu aux grands yeux clairs et à l'air sérieux, sous une chevelure tout aussi blonde et lisse mais coupée court, les bras croisés, le menton levé en signe de défi, et un pistolet chargé à la ceinture. Je n'ai pas la moindre idée de si ma transposition a un quelconque fondement objectif, mais cette dureté associée à une telle jeunesse me fait désagréablement froid dans le dos.

Je suis des yeux le geste de Greatstone quand elle m'indique l'armoire où sont rangés nos armes à feu pour m'inviter à me servir des siennes à l'occasion. J'opine à nouveau du chef, cette fois-ci en guise de remerciement, même s'il semble peu probable que j'en aurais jamais besoin – mais une confusion est vite arrivée, et je suis soulagé d'avance d'avoir une autorisation officielle qui m'assure qu'elle ne m'en voudra pas si, un jour d'urgence, je lui emprunte par erreur une de ses armes en la prenant pour la mienne. Ensuite, ma curieuse partenaire contourne placidement son bureau, un dossier à la main. Un mauvais pressentiment me fait craindre qu'il s'agit du mien et je prie pour qu'elle ne l'ait gardé en main que par inadvertance. Mais non, bougre d'âne, arrête de te faire des illusions : ce n'est pas le genre de femme à faire des choses par étourderie ! La voilà qui ouvre le dossier, et j'ai alors la confirmation qu'il s'agit bien du mien puisque l'angle me permet alors de lire mon nom écrit sur la page de garde. Je le sens, je le sens, ça va être parti : l'inspection, le passage en revue, la dissection clinique en bonne et due forme !... À quel crible va-t-elle me passer ? Quel élément va être irrémédiablement retenu contre moi ? Quelle bévue, quelle faiblesse va-t-elle épingler comme de mauvais augure, voire comme absolument rédhibitoire ?

Je suis heureux que ma vie privée n'ait jamais subi d'aléas qui l'ait exhibée bien en vue sur la place publique, et encore moins en cour d'assises. Mon dossier ne contient donc que très peu d'informations personnelles, tout juste assez pour clarifier mon identité. Il n'est au bout du compte  constitué presque que de mes états de service – avec ses hauts et ses bas, mais rien qui en fasse une lecture particulièrement palpitante. Mais qui veut chercher la petite bête la trouve, je présume ! Prépare-toi mentalement à une salve de critiques assassines, Quigg ! Sors donc ton bouclier invisible pour protéger ton pauvre ego sensible et vulnérable...

Mais c'est une toute autre petite bête sur laquelle elle met son doigt : elle me parle de ma métamorphose en hibou, tout simplement, et elle y ajoute une référence plaisante à la déesse Athéna qui m'arrache un sourire, plus spontané et sincère que le précédent. Mais il s'efface aussi vite qu'il est apparu. Comment ? Que vient-elle de dire ?

« Ce que j'ai fait à mon ex-mari vous rend-t-il nerveux, Monsieur Certi ? »

Je crois que je la regarde avec des yeux ronds, choqués. Puis je cligne des paupières à toute vitesse et détourne le regard pour arrêter de la fixer de la sorte et reprends un air que j'espère plus neutre, moins perméable, plus professionnel. Je ne m'attendais pas à ce qu'elle aborde le sujet. Je ne m'attendais pas à ce qu'elle en parle, comme ça, tout de suite, maintenant, d'elle-même. Mes yeux fuyants tombent sur les deux cadres photos électroniques qui ornent mon bureau. Ils se mettent automatiquement en route en ma présence et ils n'ont pas mis plus de cinq secondes à afficher l'un et l'autre le diaporama de photographies enregistrées dans la mémoire de chacun, mais je ne m'en aperçois que maintenant que j'y fais attention. Dans un recoin de ma tête, je réentends la phrase de Greatstone, prononcée d'une voix étrangement douce :

« Ce que j'ai fait à mon ex-mari vous rend-t-il nerveux, Monsieur Certi ? »

Comment peut-elle dire ça d'une voix si calme ? En plus, elle a souri. Elle a souri en disant ça. Elle sourit. Comment peut-elle sourire ? Oui, oui, ce qu'elle a fait à son ex-mari me rend nerveux, Monsieur Certi, oui. Qui est-ce que ça ne perturberait pas ? Et là, devant les portraits, à droite, d'Halcyone, et à gauche, d'Eigyr, cela me fait me sentir encore plus mal. Je vois défiler ces images, à la fois nombreuses et pitoyablement insubstantielles puisqu'elles ne sont plus que le vague reflet de ce que chacune d'elles était de son vivant, et où mes anciennes compagnes me regardent à travers l'objectif, me sourient, me tirent la langue à l'occasion. Je ne peux m'empêcher, dans des flashs aussi rapides que l'éclair, de me rappeler les moments où ont été immortalisés ces clichés, que j'ai tous pris moi-même. Les souvenirs, c'est quelque chose qui vous réchauffe de l'intérieur. Et qui vous déchire violemment le cœur en même temps. Et voilà que, sous le regard aimant de ces fantômes, je dois répondre à cette question morbide et fatidique :

« Ce que j'ai fait à mon ex-mari vous rend-t-il nerveux, Monsieur Certi ? »

« Je... C'est-à-dire que... » C'est-à-dire que je pense à ce que j'ai lu dans le dossier de la jeune femme et je ne peux m'empêcher de le transposer dans ma propre vie. Je me vois avec Halcyone, avec Eigyr, j'imagine que ma femme m'a trompé, et que je cherche à le lui faire payer, et que je lui casse alors le bras, et rien que la pensée de cette scène imaginaire est au-delà du supportable. Je m'appuie du plat d'une main sur le bureau pour m'empêcher de vaciller. Respire, Quigg, respire ; et ferme les paupières un instant s'il le faut. C'est ce que je fais, tout en portant l'autre main à mon nœud de cravate afin de soulager discrètement ma gorge tendue, et je force mon visage à n'exprimer que du sérieux, comme si je ne faisais que réfléchir profondément, plutôt que de refléter les pensées atroces qui le traversent. Mais j'ai peur de n'y parvenir qu'imparfaitement.

...
« Ce que j'ai fait à mon ex-mari vous rend-t-il nerveux, Monsieur Certi ? »

« Ce que j'ai fait à mon ex-mari vous rend-t-il nerveux, Monsieur Certi ? »

« Ce que j'ai fait à mon ex-mari vous rend-t-il nerveux, Monsieur Certi ? »
...

« Sans doute que... » Sans doute que quoi ? Que vais-je lui dire, enfin ? Qu'est-ce que je peux bien lui dire ? J'ai vécu trois mariages, trois vies communes longues de plusieurs décennies, et les trois fois nous n'avons jamais eu le moindre problème de violence conjugale, d'un côté comme de l'autre. Ni de tromperie, d'ailleurs – en tout cas, pas que je sache ; et si un jour l'une d'elles a cédé à la tentation de quelques minutes de plaisir avec un autre homme, ma foi, je préfère continuer à n'en rien savoir, ou bien ensevelir cette passade sous des pelletées d'oubli réservées aux choses pénibles mais sans réelle importance. Ça ne changerait rien à ce qu'il s'est passé entre nous et à l'amour que nous nous portions. Enfin, je crois. Même avec Menahelle, ma première épouse dont j'ai divorcé, nous nous sommes toujours respectés. Et même si la séparation était une décision difficile et douloureuse à prendre, même si elle m'a quitté parce qu'elle en a rencontré un autre et que ça m'a fait mal, jamais, jamais nous ne nous sommes entre-déchirés.

Je rouvre les paupières, intérieurement plus apaisé. Je relève le visage pour faire face à Lucia Greatstone. Elle paraît sereine et attend une réponse à sa question. Du coin de l'œil, je vois les photos continuer à apparaître, puis disparaître pour laisser place aux unes puis aux autres. Heureusement, ma vis-à-vis ne peut pas les voir, car les angles dans lesquels sont disposés les cadres les font lui tourner le dos. Que va-t-elle penser si elle voit ces photos, ces deux ribambelles de photos de deux femmes différentes qui s'enchaînent sur mon bureau ? Que je suis un coureur ? Que je mène une double vie ? Que je fais trôner tel un chasseur polygame d'un côté les trophées photographiques de ma femme, et de l'autre ceux de ma maîtresse ? J'ai toujours gardé des photographies de ma compagne, puis de mes compagnes successives, sur ce bureau, à la vue de mes coéquipiers. Je n'en ai jamais fait un mystère, j'ai toujours répondu simplement aux questions qui m'étaient posées à leur sujet. Mais soudain, je voudrais les cacher, les garder pour moi, comme pour me protéger, comme pour les protéger.

Je n'ai pas envie de parler d'Halcyone, d'Eigyr, ou même de Menahelle, là, maintenant, tout de suite, avec elle. Je n'ai pas envie qu'elle pose ses yeux sur leur visage. Je vais cacher les cadres dans mon tiroir. Je ne sais pas encore quand, mais je vais les dissimuler, les mettre hors de sa vue, hors de sa portée. Je sais que dès que je peux me remettre à parler longuement, je peux le faire. Je sais comment détourner l'attention, guider le regard des autres ailleurs, et faire autre chose dans l'angle mort sans que personne ne le remarque. Je ne suis d'ailleurs pas mauvais magicien à mes heures – de la vieille magie humaine des tours de passe-passe qui n'a besoin d'aucune puissance surnaturelle. Alors je me redresse et je souris, oui, je retrouve mon sourire que je sais charmeur et  dis à ma nouvelle partenaire avec un léger accent d'excuse qui n'entame pas le ton badin que j'emprunte : « C'est en effet difficile de répondre à plusieurs questions à la fois, veuillez m'excuser pour ce petit instant de confusion et de réflexion. »

Je range un dernier stylo en errance dans le pot à crayon, tout en poursuivant d'une voix guillerette : « En ce qui concerne les oiseaux de la Sagesse, vous me voyez flatté que vous m'associiez à la déesse de l'Intelligence stratégique, mais je n'ai jamais connu Pallas Athéna qu'à travers des livres qui commencent à dater. Et pour ne rien vous cacher, à mon humble avis, et vous me le confirmerez sans doute, elle n'y est pas représentée sous son meilleur jour. Je serais donc bien mal inspiré de ne la juger qu'à travers les prismes d'Eschyle et de Sophocle. »

Mais j'ai l'impression de détourner la conversation. Oui, Quigg, c'est exactement ce que tu fais : tu détournes la conversation ! Tu détournes visiblement la conversation en employant des formules comme « pour ne rien vous cacher ». Greatstone doit le sentir et elle doit se méfier. Si elle sent dès le début que tu fais dévier le sujet à dessein, elle restera sur ses gardes et tu ne pourras rien faire. Et que va-t-elle penser de toi si tu n'oses pas répondre à sa question, sa véritable question ? si tu ne fais que noyer le poisson dans des tragédies grecques ?

...
« Ce que j'ai fait à mon ex-mari vous rend-t-il nerveux, Monsieur Certi ? »

« Ce que j'ai fait à mon ex-mari vous rend-t-il nerveux, Monsieur Certi ? »

« Ce que j'ai fait à mon ex-mari vous rend-t-il nerveux, Monsieur Certi ? »
...

J'essaie de garder le sourire, mais je me suis arrêté de parler. Elle a posé une question directe, dans une formulation limpide, en me regardant en face – je ne peux pas m'y soustraire. Je ne peux pas faire semblant de ne pas l'avoir entendue, de l'avoir mal comprise. Je ne peux pas l'éluder. Vaincu, je baisse les yeux et pousse un soupir. Toutefois je relève la tête et me force à croiser son regard perçant pour enfin répondre, sans transition : « Je vous avoue que... Je vous avoue que je ne comprends pas. Et quand je ne comprends pas quelque chose, il arrive que cela me rende nerveux. »

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MessageSujet: Re: Bureau de Lucia & Quigg | Première approche |   Lun 29 Fév - 12:30

Je laissais les secondes s'égrenait avec patience. L'Inya Quartz avait choisi Quigg comme partenaire pour moi à dessein. Je n'arrivais pas encore à comprendre pourquoi. Certes, c'était un homme, et rien que ce simple fait suffisait à me hérisser depuis que j'étais sortie de ma prison dorée. Au demeurant, il y avait une sorte d'hypocrisie dans mon attitude que je reconnaissais volontiers. Cette méfiance que j'éprouvais pour le genre masculin ne s'appliquant qu'à ceux que je venais de rencontrer et pas à mes amis d'autrefois. Je n'avais aussi aucun problème avec les hommes visiblement plus jeunes que moi, car je les associais plus à mon fils qu'à mon ex-mari. Finalement, mes problèmes avec le genre masculin concernait une partie de la population masculine, mais à certains égards, Quigg en faisait parti. Toutefois, on ne me demandait pas de lui faire confiance, j'insistais vraiment mentalement sur ce point, on voulait juste de moi que je travaille avec lui. Bon gré, mal gré, je ferai ce qu'on me demandait. J'avais toujours été un bon soldat même si c'était plus par éducation que par caractère. Ma mère travaillant dans un des temples (celui des démons de pierre), on m'avait très tôt inculqué le principe du respect de la hiérarchie. On pouvait aussi considérer que ma mère était assez dévote. Elle ne manquait jamais une cérémonie. Plus jeune, vêtue de la robe bleue des aspirantes, je faisais les arrangements floraux des différentes salles… j'étais bien différente à l'époque. Cette vie ne me correspondait pas, c'était pour cela que j'étais partie pour travailler à Savoir. Je suppose que si j'avais su que cela me détruirait à ce point, je n'aurais pas quitté le giron maternel. Surtout que mes parents ont été d'un grand soutien après la trahison de David. Mon père avait voulu finir le travail, il avait fallu toute la diplomatie de la Prêtresse Guenevria pour l'en empêcher. Quant à ma mère… en apparence, elle s'était montrée plus mesurée, mais je savais que c'était d'elle que je tenais mon côté implacable. Il valait mieux pour David qu'il ne mette jamais les pieds au Pays de l'été, sinon il serait transformé en statue de pierre en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Mais ça, il le savait… il avait toujours su ce qu'il risquait.

Ne désirant pas manifester ne serait-ce qu'une once d'agressivité, je laissais mes prunelles azures errer sur le visage de mon partenaire avec neutralité. Un sourire flottait sur mes lèvres, mais il n'était là que pour le rassurer. Je le laissais déblatérer quelques instants, j'aurais eu beaucoup de choses à dire sur Athéna, mais nous avions plus urgent comme sujet de conversation.

Il évoqua son incompréhension, je ne pus m'empêcher en retour de soupirer profondément. Je fermais son dossier d'un geste sec et me redressais légèrement. « C'est une question de culture monsieur Certi. » Je retournais vers ma chaise mais c'était pour me pencher sur le carton qui contenait mes propres photographies/décorations en tout genre. Je sortis la première mais c'était celle de mon fils, blond, grand, souriant… il me ressemblait beaucoup, sauf qu'il dégageait plutôt ce que j'étais avant de ne plus faire confiance à personne. Kylian était très sociable, sans être naïf pour autant. J'étais certaine qu'il irait loin s'il ne s'obstinait pas bêtement à vouloir faire comme moi. Il y avait d'autres métiers qu'agent, non ? Bref. Je trouvais ce que je cherchais, une photographie de toute ma famille : mes parents, Kylian à douze ans, et moi.

« Voici ma famille. Mes parents ne sont pas mariés. Ils ne vivent même pas ensemble. Savez-vous pourquoi ? » Question rhétorique, j'allais lui fournir la réponse. « Quand un démon se marie, du moins un démon émeraudien, il fait don de l’entièreté de son âme à la personne qu'il épouse. Nous prenons très au sérieux le principe du 'jusqu'à ce que la mort nous sépare'. Mes parents n'ont pas voulu faire un serment qu'ils pensaient ne pas vouloir tenir jusqu'à la fin de leur vie… car à une exception de notre histoire près, un démon marié qui ne tiendrait pas ses serments de fidélité se verrait condamné à mort. » L'exception étant leur reine, la Grande Prêtresse Tamia. Elle avait trompé son mari pour que les Inyas puissent sauver la dimension tout entière. Son mariage n'y avait pas survécu très longtemps cela dit, même les bonnes raisons ne peuvent pas tout faire oublier.

« J'étais vraiment très amoureuse, et j'étais une bonne épouse. Malheureusement, David ne m'a jamais aimé, il m'a épousé pour monter en grade et profiter de mon statut social chez les démons. Il ne m'a pas trompé parce qu'il a rencontré une autre femme qu'il aimait plus que moi, ça, je crois que j'aurais pu le comprendre, il m'a trompé depuis le premier jour. Et j'avais accepté de me marier en dehors de mon pays, je ne pouvais donc pas réclamer qu'il soit tué ou exilé. Alors, j'ai pris son bras. Mais vous savez, j'ai été obligé de lui en payer un mécanique du dernier cri, il n'est pas handicapé dans sa vie quotidienne. Il a même pu se faire plaindre ces vingt dernières années parce que le méchant démon de pierre lui a fait bobo... » Un rictus déforma mon joli visage mais je repris vite contenance. J'en arrivais à la fin de mon explication, ou plutôt à la conclusion que je voulais atteindre, même si je sentais que le vampire s'était déjà fait juge et parti. Il croyait vraiment que j'avais un problème de violence et je ne voyais pas comment l'en faire démordre. Ce ne serait pas, en tout cas, en singeant des remords que je n'éprouvais pas.

« Je doute que cela suffise à vous faire comprendre ce qui s'est passé, mais voilà les faits. J'ai blessé mon ex-mari avant de divorcer et ensuite j'ai été gardé enfermé chez les miens parce que les mariages humains ne m'y autorisaient pas. J'ai accepté ma peine, je l'ai effectué, j'ai eu mon fils durant cette période, et même depuis ma sortie je n'ai plus jamais blessé personne. En tant qu'ancien soldat de la Tour, démon du Temple de pierre et actuel Agent, je suis capable de blesser, voire de tuer, mais uniquement si l'Inya m'en donne l'ordre. Quoique, pour être honnête, si quelqu'un s'en prenait à mon fils au point que ses jours soient en danger, je pourrais peut-être de nouveau mener une vendetta personnelle. Mais ça ne vous concerne pas. Je ne suis pas un danger pour vous. » Je reposais la photographie de ma famille et arrangeais le tout pour mettre aussi celles de Kylian à des âges différents. Puisque j'étais partie pour (et que je devais bien laisser à mon interlocuteur le temps de digérer mon histoire et mon opinion – qui n'était peut-être pas celle qu'il espérait -), je finis de vider le carton des décorations, sortant un de mes tableaux qui représentait justement un décor du Pays de l'été. Artiste peintre était une couverture que j'appréciais vraiment, si on ne m'avait pas obligé à reprendre les armes en tant qu'agent (pour me faire finir de payer ma dette à la société supposais-je), je me serais contenter d'exercer ce métier.

Tout en regardant autour de moi pour trouver une place à mon œuvre, je repris la parole d'un ton léger. « Pour cette histoire avec Athéna. Je l'ai rencontré une fois où la Déesse a bien voulu nous faire l'honneur d'une visite, elle est assez discrète mais elle dégage quelque chose de très différent de certains autres olympiens qui étaient aussi présents ce jour là. » Même si, en bonne habitante du Pays de l'été, je pensais que la seule vraie déesse chez les Olympiens, c'était la déesse Bleue (ou Perséphone, si on tenait absolument à un nom plus générique). Il faut dire que quand on avait croisé, ne serait-ce qu'une fois, Zeus ou Apollon, ils perdaient déjà beaucoup en crédibilité.


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MessageSujet: Re: Bureau de Lucia & Quigg | Première approche |   Mer 2 Mar - 23:51

« C'est une question de culture, Monsieur Certi », répond Lucia Greatstone à l'expression de mon incompréhension. Oh, comme la culture a bon dos, vraiment...

Une impulsion me saisit de partir aussitôt en débat philosophique pour signifier ce que je pense exactement de la dangerosité de superposer à outrance relativisme culturel et relativisme moral, mais je prends soin de le retenir afin de laisser la femme finir ses explications. Elle-même se baisse pour sortir quelque chose d'un carton, et je saisis sur-le-champ cette occasion inespérée pour éteindre sans qu'elle le voie les cadres photos de mes anciennes compagnes de deux gestes vifs alors que je m'assois d'un même mouvement dans mon fauteuil. La seconde suivante me trouble d'autant plus car je me rends compte que ce sont des cadres photos qu'elle sort justement de leur boîte et sa propre famille qu'elle me montre alors, sans fard, alors qu'elle ignore que je viens juste de lui dissimuler la mienne. Greatstone me présente les personnes qui sourient sur ces images intimes. Sa mère, son père... Elle m'explique le statut sacré du mariage au Pays de l'Été, comment les couples qui doutent de pouvoir tenir leur parole sont invités à poursuivre leur relation sans s'impliquer dans l'institution officielle... Mais c'est surtout Kylian, son fils, que je scrute avec le plus d'attention et de curiosité, et je ne peux m'empêcher de remarquer que le petit bonhomme a l'air adorable comme tout.

Finalement, je n'avais pas tellement tort quand je l'imaginais sous les traits d'un ange de Botticelli. Il me fait même penser à mon angelot favori, un de ceux de La Vierge à la grenade, placé à gauche de la madone, qui tient une longue fleur blanche sur son épaule et qui nous regarde d'un air absent, rêveur, les mains croisées sur un bouquet de roses rouges et roses. Un sourire m'échappe : une photographie, et me voilà déjà attendri.

La mère du garçon continue son récit. Elle m'explique comment elle n'a pas été que trompée, mais comment le mariage lui-même était un piège dont elle a été la dupe. Le mari, ce David, était de toute évidence un beau salaud – je ne lui disputerais pas le titre. Mais alors que j'en venais à ressentir un élan de compassion pour ma collègue, elle évoque le paiement de la prothèse remplaçant le bras de son ex-mari sur un ton cynique et moqueur qui m'arrache une grimace.

« Bobo », oui. Oui, il a pu s'en plaindre. Qu'il soit méchant jusqu'à la moelle ou non, les amputations font partie des pires douleurs que le corps humain est capable de connaître – le sait-elle seulement ? Elles durent au-delà de la cicatrisation. Elles s'impriment autant dans le membre tranché que dans la tête. Le blessé reste avec un membre fantôme en perpétuelle souffrance. L'esprit, incapable de faire le deuil de son propre être, préfère avoir mal dans un membre qui n'existe plus plutôt que d'admettre sa perte, la perte de son intégrité qu'aucune mécanique, aussi sophistiquée soit-elle, suffit totalement à réparer. Son ex-mari n'a pas fini de payer sa faute, et il emportera son châtiment avec lui où qu'il aille – jusqu'à ce que la mort l'en sépare. Un vrai mariage démoniaque, en somme.

Greatstone aussi a grimacé ; mais son rictus était ironique et a rendu l'ombre d'un instant son visage difforme. J'ai l'impression que dans ce récit et ce rictus il n'y a pas que de l'indifférence à la souffrance d'autrui – aussi méprisable soit-il –, mais un certain plaisir à narrer ses exploits. Comme si elle tirait une certaine vanité d'avoir commis cet acte, et de l'avoir fait de manière froide, réfléchie et impitoyable. J'entends une sorte d'amusement d'arrosé-arroseur dans sa manière de parler, et une absolue certitude, tirée de son passé de « bonne épouse », de n'avoir rien fait qui ne soit véritablement répréhensible, qui n'aille au-delà de la notion de justice. J'aurais préféré qu'elle me dise qu'elle avait été une « mauvaise » épouse – qu'elle rentrait tard parce qu'elle allait consoler les chagrins d'amour des copines, qu'elle procrastinait des heures dans des recherches Internet inutiles au lieu de laver les carreaux et qu'elle brûlait invariablement les cookies. Au lieu de ça, ce que j'entends, ce que je vois d'après ce que j'entends, c'est une sorte de perfection inhumaine, tellement sûre de son irréprochabilité et de son bon droit qu'elle en devient volontiers bouchère et meurtrière lorsqu'elle se trouve lésée et bafouée.

Pour être tout à fait honnête avec moi-même, et avec elle, je dois reconnaître que je n'y suis pas tout à fait étranger. Je connais le goût de la vengeance. J'ai saigné des humains. Mais j'ai arrêté tout ça. Une fois le mélange de peur et de haine revenu dans des proportions où la raison et des sentiments plus empathiques, comme la pitié et la compassion, pouvaient entrer en dialogue avec ce terreau d'angoisse agressive, le temps de la remise en cause est venu. Si je m'étais contenté de régler ma conduite en fonction des déterminismes culturels, je serais encore sur Terre, en Roumanie, parmi le clan des Certi. Je serais peut-être même devenu en son sein un membre influent et puissant. Et en bon vampire transylvanien, et pour perpétuer la mémoire et la tradition de mes sauveurs, j'organiserais moi-même des attaques sur les villages de campagne pleins d'humains et encouragerais toutes les exactions à leur encontre – comme l'autorisait explicitement la « loi » du clan –, et tout cela perpétré en étant sûr de mon bon droit, sûr de pouvoir exercer ma vengeance sur des êtres qui s'étaient concertés pour m'enfoncer un pieu dans le cœur alors que je ne faisais qu'hurler de terreur et d'incompréhension, enfermé dans une boîte enterrée six pieds sous la surface du sol.

Au lieu de cela, je suis parti. Avec une autre vampire, une autre Certi, je me suis enfui. Nayfer et moi ne nous sommes pas échappés à cause de ce que l'on voulait nous faire, mais à cause de ce que l'on nous encourageait à faire à d'autres, en prétendant que c'était la chose la plus normale et la plus justifiée du monde. Nous étions trop peu de deux pour nous rebeller ouvertement, alors nous nous sommes enfuis vers un lieu où le clan ne viendrait pas nous chercher, sur cette dimension. J'ai refait ma vie, tout autrement, j'ai dû improviser. J'ai gardé leur nom, mais pas leurs mœurs. Je me suis adapté au mode de vie local. Je le trouvais imparfait, comme partout ailleurs, mais bien meilleur, bien plus juste, bien plus « humain » que celui que j'avais quitté. Je ne consomme même plus que du sang animal à présent. J'ai fait une croix sur le sang humain, même celui des donneurs. Alors, non, ce n'est pas qu'une question de culture. Je pense que ceux qui prennent la culture pour une fatalité ne le font que parce qu'ils y adhèrent. Les autres se battent contre elle, la transgressent, s'enfuient ou se rongent de remord et de culpabilité.

Je soupire. Est-ce donc pour cela que l'Inya a mis cette femme en binôme avec moi ? Pour qu'elle voie en moi son reflet inversé ? Est-ce cela que je suis censé lui apporter ? Un peu d'eau compassionnelle dans son vin qui l'enivre de vengeance ? Un peu de distance critique envers son adhésion dogmatique aux institutions de son pays d'origine ? J'aurais préféré qu'il m'évite de devoir repenser à cette période ténébreuse de mon existence que je n'ai pas mise de côté pour rien, et tout ça pour le profit d'une autre. Mais la dynamique des équipes que forme Quartz n'est pas unilatérale, ce ne sont pas des relations de maître à élève. Sa façon, c'est de faire en sorte que les deux pôles du duos s'apportent mutuellement quelque chose. Au moment même où je m'entêtais à ne m'enfermer que dans un présent perpétuel, il m'a placé en binôme avec Cyrus qui me forçait à voir plus loin que le bout de mon nez ; et de l'autre côté, je suis parvenu à sortir Cyrus de ses recherches spéculatives exclusives sur l'infini et l'éternité pour le ramener un peu au présent et aux petits plaisirs de la vie. Mais qu'est-ce que cette Lucia Greatstone peut bien m'apporter ?

Pensivement, je la regarde accrocher un tableau plutôt réussi du Pays de l'Été derrière son bureau. La bonne nouvelle, c'est que si elle dit vrai, je n'aurais à m'inquiéter pour ma propre sécurité que si je commets une offense grave, comme la trahir sur une mission ou m'en prendre à son fils – ou bien si les Inyas lui ordonnent de m'éliminer. En cela, son explication est rassurante, puisque ni l'un ni l'autre n'est dans mes intentions, et j'ose estimer que la dernière option est parfaitement improbable. J'aurai donc une coéquipière impitoyable mais fonctionnelle, pas une folle furieuse qui risquera de mettre le feu à mes vêtements dans un accès de rage maniaque pendant que j'aurai le dos tourné. C'est un minimum déprimant, mais suffisant pour travailler. Et si sa justification n'est pas quelque chose que j'approuve, elle peut tout du moins être approchée par le raisonnement, être suivie, comprise, mesurée et soupesée, et rien que cela contribue à apaiser significativement l'angoisse désordonnée que j'ai sans doute eu tort de laisser transparaître tout à l'heure.

Je prends une longue, lente et profonde inspiration. Lorsque je reprends la parole après ce moment de silence où ma collègue a décoré son espace de travail avec ses effets personnels, je sens que ma voix est revenue dans les basses qui lui sont plus naturelles. Je la sens vibrer en moi, et cela aussi contribue à me rendre un certain équilibre que j'ai laissé déraisonnablement osciller. « Je vous remercie pour votre franchise et ces explications circonstanciées. Ce n'est sans doute pas aisé pour vous de revenir dessus et je vous suis gré de cet effort pour m'éclairer. » Les coudes sur le bureau, je joins les extrémités de mes doigts devant moi, le bout de mes index effleurant ma lèvre inférieure. « Je doute que vous m'ayez conté les tenants et aboutissants de votre histoire personnelle pour que nous entrions dans un débat à ce sujet. Mais cette opacité ayant été éclaircie, sachez que je suis maintenant plus serein et je vous garantis mon entière coopération et mon plus strict professionnalisme. » Pris d'une petite démangeaison, je me frotte pensivement le menton de mon pouce. « N'hésitez pas à faire appel à moi si vous avez des interrogations quant au travail que nous allons effectuer ensemble, à l'espace commun que nous partageons, les archives, les comptes rendus, ou quoi que ce soit qui vous poserait le moindre problème. Je suis toujours joignable dès le coucher du soleil et jusqu'à son lever, et parfois même en journée, lors de circonstances exceptionnelles. Je pense par ailleurs que mes numéros professionnels, de domicile et de portable vous sont tous déjà fournis dans le dossier que vous consultiez tout à l'heure. »

Je me lève, passe une paume sur les pans de mon costume pour en éliminer le moindre pli qui pourrait s'y être formé, et regarde ma montre. « Mise à part la déesse Athéna dont nous aurons certainement d'autres occasions de discuter, je pense avoir dit à peu près tout ce que j'avais à dire. »

Je baisse le poignet sur lequel est attachée la montre et relève les yeux vers ma coéquipière. « Dites-moi. Est-ce que je peux faire quelque chose pour vous ? »

{1924}


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MessageSujet: Re: Bureau de Lucia & Quigg | Première approche |   Ven 1 Avr - 16:10

En réalité, parler de David ne me faisait plus rien depuis un certain temps. Ne nous y trompons pas, je le hais encore, je ne pense pas que je serais un jour capable de ne plus le détester de toute mon âme, mais depuis la naissance de Kylian, je considérais que j'étais passé à autre chose. Je ne jugeais toutefois pas utile de le préciser, si je n'éprouvais pas de remord et que je ne comptais pas en simuler, en revanche, même si David passait le seuil de la porte de notre bureau dans la minute, il ne se passerait pas grand-chose. Sauf que si moi, je suis passée à autre chose, David, lui, continue à vivre avec la peur au ventre. Je devais bien admettre que ça m'aidait beaucoup à dormir la nuit de me dire que je lui avais flanqué la trouille de sa vie. Après tout, son plan parfait ne pouvait pas l'avoir été autant qu'il l'espérait, sinon il aurait encore deux bras. Il ne lui était jamais venu à l'esprit que tous les hommes ne pensaient pas comme lui et que mon meilleur ami me révélerait ses noirs secrets. Franchement… quel crétin. Je me demande souvent comment j'ai pu être à ce point amoureuse d'un tel salaud.

« Je compte donc sur vous monsieur Certi. » Appuis-je tout en continuant mon travail de décoration d'intérieure. Ce qui n'est par ailleurs pas très long, j'ai juste à installer quelques photos et tableaux, l'ensemble fait nettement plus cosy. J'avais remarqué la disparition des photographies du côté de chez mon collègue, mais comme je l'avais seulement rassuré professionnellement, je considérais que c'était son droit. Je sentais bien qu'il n'adhérait pas aux croyances des démons émeraudiens, pourtant les anges n'étaient pas très différents de nous. Lorsqu'ils étaient sincèrement amoureux, ils mourraient quasiment en même temps que leur conjoint. Il n'y avait que les humains qui aient une notion toute différente de l'union… peut-être parce qu'ils vivaient moins longtemps, alors ils courraient moins après l'éternel qu'après l'expérience nouvelle. Et un vampire n'est jamais qu'un ancien humain si on y pensait. On les associait souvent aux démons à cause de leurs pouvoirs, mais Quigg n'avait pas toujours été un vampire, alors que j'avais toujours été un démon. Ceci expliquait peut-être cela. Ou non. Finalement est-ce que cela avait la moindre importance ? J'en doutais.

« Non, je vous remercie, mais je vais rentrer moi aussi. Kylian m'attend. Nous avons effectivement dit tout ce qu'il y avait à dire et vous avez de même que moi tous les numéros nécessaires. Nous nous reverrons de toute manière assez vite, Quartz n'a pas formé un binôme pour ne pas l'utiliser ensuite. » J'enlève une partie de mes armes dans un geste leste et les range toutes dans le tiroir de mon bureau (car ce sont mes armes de tous les jours), tiroir que je ferme ensuite à clef et sur lequel je pose l'empreinte d'un sort d'illusion. Quiconque essaierait de s'emparer de mes armes ne verrait plus rien autour de lui qu'un grand ciel vide. Mes illusions n'étaient que visuelles, ça ne voulait pas dire qu'elles étaient inutiles. Enfin, ceci dit, là, il ne s'agissait pas tout à fait de mon pouvoir mais d'un boîtier de sécurité fabriqué par les scientifiques de la Tour qui permettait de protéger un obbjet ou un lieu en aspirant de la magie. L'objet n'avait pas choisi mon pouvoir sur la pierre, sûrement parce qu'il est trop agressif pour une simple protection.

Je vérifiais ma montre, l'outil indispensable des agents, et je passais ma veste en cuir noir (malgré un hiver doux, les soirées sont fraîches). « Bonsoir monsieur Certi. » Dis-je simplement en prenant la direction de la sortie. Il était grand, il fermerait. Moi, puisque le signal du départ était donné, je n'aspirais qu'à retrouver Kylian. Je n'étais pas un vampire, ni une quelconque créature nocturne, aussi, après un bon dîner, j'irais me coucher ! Voilà un programme simple et qui, à bien des égards, avait de quoi me plaire. J'aurais tout le temps d'en découvrir plus sur mon partenaire une autre fois…

{Terminé pour Lucia}


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MessageSujet: Re: Bureau de Lucia & Quigg | Première approche |   Dim 26 Juin - 16:54

Enfin ! C'est peut-être beaucoup dire que « tout est bien qui finit bien », mais voilà que la discussion entre Lucia Greatstone et moi-même touche à sa fin sans dégénérer en confrontation délétère. Ce n'était pas si compliqué, finalement ; Quartz avait un petit peu raison. (Rien qu'un tout petit peu, hein, je ne vais pas non plus le remercier pour le mauvais coup qu'il m'a fait en m'acoquinant avec une reprise de justice !) Je m'en suis fait une montagne à me monter le bourrichon tout seul dans mon coin, mais malgré le fait qu'elle semble vouée à un froid polaire, cette relation professionnelle paraît être viable, et peut-être même sur le long terme.

Elle compte sur moi, me dit ma nouvelle coéquipière. J'ose espérer qu'en cas de besoin je pourrai compter de même sur elle, même si je préférerais éviter si possible d'en dépendre. La voilà qui range ses armes, qui trafique son tiroir sans doute pour y jeter un sort de protection, me dit qu'elle va rejoindre son fils pour le dîner, la soirée et la nuit. En d'autres termes, tout revient à la plus banale des réalités : une maman rentre à la maison retrouver son enfant, bonne nuit et faites de beaux rêves.

« Merci, agente Greatstone », répliqué-je spontanément à son « bonsoir ». Alléluia ! Voilà, j'ai trouvé sans même y penser une parade pour éviter le « madame » ou le « mademoiselle » : « agente », c'est parfait ; ça évoque la fonction et nos devoirs communs, non pas la présence ou l'absence d'un statut marital et d'un époux référent qui devraient de toute façon n'interférer en rien dans les relations de collègue à collègue qu'elle et moi devons travailler à développer. « Je vous souhaite de même une excellente soirée, à vous et votre enfant. Je ne doute pas que nous nous reverrons bientôt », ajouté-je avec civilité. Sur ce, la femme me salue d'un hochement de tête laconique et s'en va dans un silence souverain.

Songeur, je la regarde partir, puis soupire, soulagé. Bien. C'est mon tour, à présent, de revenir à ma normalité. Le repos ouvre le réconfort de ses bras tranquilles à la démone ; le vampire s'empresse d'embrasser la foisonnante vie nocturne. Que devais-je faire en arrivant au bureau – mon bureau officiel du Certi grand directeur – déjà ? Ah oui, c'est vrai : le problème technique avec le réseau vidéo. J'espère que, ne me voyant pas arriver tout de suite, Oluchi aura eu la bonne idée d'appeler un technicien pour repérer l'origine de la panne avant que j'arrive et prenne la décision de réparer ou remplacer le matériel. Allez, je réenfile mon manteau, ressors de notre bureau commun d'agents que je ferme vite à clef et descends vers la sortie au rez-de-chaussée de la Tour Bleue : il n'y a pas une minute à perdre. Mes clients et clientes ont le droit à un service absolument parfait, et je ne veux pas les priver une seule nuit de leurs plaisirs sacrés !

{508 mots}
{Terminé pour Quigg}


C'est la fête !
Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire. G. Apollinaire
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